Exposition au Musée de l’Orangerie (Jardin des Tuileries) du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017.

Une cinquantaine de toiles d'exception

Un samedi après-midi dans le jardin des Tuileries, les feuilles oranges, jaunes et rouges s’amoncèlent sur le sol. Le jardin est rempli de promeneurs et d’enfants sur des vélos. Tous sont emmitouflés dans de grands mentaux et se cachent sous des bonnets et peut-être même des parapluies. Sous l’œil amusé de la grande roue déjà installée Place de la Concorde, une longue queue se profile. Un petit groupe de curieux attend patiemment devant un musée pour découvrir ou redécouvrir Hopper et O’Keeffe.

Depuis quelques semaines, le Musée de l’Orangerie consacre une très belle exposition à l’Amérique des années 1930 et à ses peintres plus particulièrement. Ce sont les prestigieuses collections comme le MOMA ou le Whitney Museum qui ont permis de rassembler cette cinquantaine de toiles. C’est d’ailleurs en 1929 et en 1931 qu’ont été créés ces musées.

Cette exposition met en évidence une Amérique en pleine mutation, perdue dans la grande dépression, entre ses rêves de grandeurs, de consommation, ses chewing-gums, ses salles de cinéma, mais aussi les fermetures des usines, les champs, le coton, le racisme. C’est dans ce cadre complexe que va se développer la scène artistique américaine moderne.

Après avoir patienté une petite dizaine de minutes à peine, poussez la porte et descendez les escaliers du musée. Sur votre gauche, l’exposition commence…

Une nouvelle scène artistique dans un pays ébranlé

Edward Hooper, Georgia O’Keefe, Marsden Hartley, … tous ces peintres ont composé la scène artistique d’avant la deuxième guerre mondiale. Cette exposition rassemble ces univers à priori différents, qui mêlent le réalisme social à l’abstrait. La crise de 1929 a eu pour effet de déclencher chez eux ce désir d’expression, ce cri contre les injustices et cette soif de croire en un avenir meilleur.

Cette scène artistique nous propose une grande variété de sujets. Des paysages urbains déstructurés chez le néo-cubiste Stuart Davis avec son New York-Paris N°3. La ruralité avec le chef d’œuvre de Grant Woord exposé pour la toute première fois en Europe, American Gothic. Mis en évidence dans la première salle de l’exposition, il transporte avec lui tout son lot de questionnements et d’informations. La tradition, le puritanisme, les pionniers, … Comment ne pas voir aussi cette influence des primitifs flamands sur son travail.

Le monde rural souffre des expropriations, du manque de modernité et de la sècheresse. 25 % de la population active est au chômage. C’est ce qu’a voulu illustrer Alexandre Hogue dans son tableau où il donne à la terre l’aspect d’une femme fatiguée : Erosion n°2.

Show must go on

Marquées par le chômage et les frustrations, ces années constituent aussi une période où les américains ont une soif de rires et de rêves. Loin des campagnes du Midwest, c’est l’époque du spectacle, du cinéma. Les petits cinémas doivent s’adapter au parlant, puis à la couleur. Reginald Marsh nous montre dans son œuvre Twenty Cent Movie toute l’agitation qui nait autour de ces salles. Une actrice a volontairement été trop maquillée pour souligner l’excès de ce milieu.

Il y a ce goût pour l’évasion, les paillettes. La vie se déroule dans les rues des grandes villes. Ce qu’il s’y passe fascine les artistes, comme William Johnson qui peint une scène de la vie d’Harlem dans Street Life. La population afro-américaine se fait une place de plus en plus grande dans la société et les artistes en parlent.

Pourtant, c’est la solitude et l’anxiété qu’Edward Hooper choisira de montrer dans son New York Movie, en 1939. C’est son épouse que l’on voit dans ce magnifique tableau aux couleurs chaudes et envoutantes.

Se réfugier dans l'histoire

Dans cette époque complétement déstabilisée, les artistes trouvent un refuge dans l’Histoire. Le gouvernement commande des pièces pour illustrer des grands passages de l’histoire américaine. On y voit notamment la douce image d’une famille préparant le repas de Thanksgiving, peint par Doris Lee.

D’autres choisiront en revanche d’insister sur les passages les plus sombres et pourtant pas si éloignés, comme ce tableau époustouflant de Joe Jones avec American Justice.

Des perspectives alarmantes

Les années 1930 voient aussi se profiler l’ombre cauchemardesque de la deuxième guerre mondiale. Les usines se préparent petit à petit et les américains assistent avec effroi aux premiers affrontements. Philp Guston nous expose dans un splendide tableau au format étonnant les premières explosions survenues en Espagne avec Bombardment. Le surréaliste Peter Plume ridiculise Mussolini dans son tableau The Eternal City.

Entre réalisme et abstraction

Finalement l’art moderne américain se fraye un chemin entre l’abstrait de Pollock et le réalisme silencieux de Hopper. Entre cette mélancolie d’Hopper dans cette station essence et cette sensualité chez Georgia O’Keeffe. L’exposition se termine par une série d’extraits de films qui ont participé eux aussi à la représentation de cette époque dans l’art : Le Magicien d’Oz, Autant en emporte le vent, … Cette période a sans nul doute eu un impact qui impacte encore aujourd’hui l’art américain.

Cette exposition est une formidable saga qui vaut décidément le détour.

Détails pratiques :

Exposition au Musée de l’Orangerie (Jardin des Tuileries) du 12 octobre 2016 au 30 janvier 2017.

Musée de l’Orangerie

Jardin des Tuileries, Place de la Concorde.

Ouvert de 9h à 18h (dernier accès 17h15) – Fermé le mardi

Entrée : 9€, gratuit le premier dimanche du mois et pour les moins de 26 ans.

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