Exposition : Le MOMA à Paris

J’ai eu le plaisir de découvrir il y a peu la superbe exposition du MOMA à Paris. Elle ne dresse qu’un échantillon de la gigantesque et incroyable collection de New York mais elle vaut le détour et nous donne envie d’aller faire un tour outre atlantique.

Voici mes coups de cœur :

Paul Signac, Opus 217. Sur l’émail d’un fond rythmique de mesures et d’angles, de tons et de teintes, portrait de M. Félix Fénéon en 1890, 1890.

Le portrait peint par Paul Signac de son ami le critique d’art et activiste Félix Fénéon célèbre cette figure progressiste bien connue du Paris fin-de siècle. Signac présente son modèle de profil devant un tourbillon de couleurs et de motifs. Cette représentation kaléidoscopique renvoie aux théories énoncées peu de temps auparavant dans l’ouvrage Cercle chromatique de Charles Henry. Rejoignant Seurat, Signac abandonne la touche impressionniste au profit du pointillisme, un précédé pictural jugé plus scientifique. Plutôt que de mélanger les pigments sur sa palette, il juxtapose de minuscules points de couleur distincts les uns des autres. Ces touches sont censées interagir et se mélanger dans l’œil du spectateur en produisant un maximum de luminosité.

Yayoi Kusama, Accumulation No. 1, 1962

Pour Accumulation No. 1, Yayoi Kusama a cousu des centaines de protubérances phalliques sur un fauteuil avant de le peindre en blanc. Ce fauteuil banal devient alors un objet profondément perturbant à connotations sexuelles. Dans les décennies suivantes, Kusama continuera à couvrir des objets de ce type de prolifération fidèle à la répétition obsessive constitutive de sa démarche. Kusama explique qu’elle a commencé à utiliser des formes phalliques pour s’affranchir de sa peur et de son dégout pour l’organe masculin. Avec humour, elle libre un commentaire caustique sur la société patriarcale qu’elle a laissée derrière elle au Japon et sur le machisme qu’elle rencontre dans le monde artistique new-yorkais. Accumulation No.1 préfigure des pratiques artistiques plus tardives dont le sujet principal sera la question genre.

Kerry James Marshall, Untitled (Club Scene), 2013

Depuis les années 1980, Kerry James Marshall cherche à introduire des figures de femmes et d’hommes noirs dans l’héritage artistique occidental : “Je n’avais jamais vu de peinture narrative ambitieuse et épique figurant des Noirs” explique-t-il. Toutefois, bien que l’échelle monumentale de Untitled (Club Scene) évoque la grande tradition de la peinture d’histoire, l’ouvre de Marshall est manifestement dépourvue de héros d’action spectaculaire. On n’aperçoit qu’une boîte de nuit peu fréquentée, gantée par quelques personnages qui se fondent dans des tons sombres de l’arrière-plan. Des projecteurs illuminent la scène sans musicien. En soulignant cette absence flagrante, l’œuvre prend le contre-pied de la tendance américaine à représenter les Noirs sur scène et en pleine action. Plutôt que la représentation grandiloquente d’une superstar noire, Marshall préfère dépeindre un moment prosaïque, insignifiant et laisser à la peinture le soin de « faire le spectacle ».

Georgia O’Keeffe, Farmhouse Window and Door, 1929

Cette œuvre de Georgia O’Keeffe, pionnière de l’avant-garde américaine, appartient à un groupe de toiles inspirées par l’architecture. Elle représente une vue de l’extérieur d’un bâtiment où des volets encadrent ce qui semble être une porte. Il s’agit de la maison de Lake George au nord de l’état de New York appartenant à la famille de son mari, Alfred Stieglitz. Le cadrage serré de la composition accentue la géométrie du sujet et frise l’abstraction. Comme dans ses peintures de fleurs, O’keeffe se focalise sur une petite partie du motif, convaincue que ce n’est qu’en sélectionnant et en éliminant que l’on accède au réel sens des choses.

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